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Je Déménage… Dans Ma Valise

Il y a 3 mois, je publiais ce post dans lequel j’expliquais que je m’embarquais pour un voyage à Osaka, au Japon, sur un billet d’avion aller simple. Et 3 mois plus tard, alors que je suis de retour en Belgique, il est temps de faire un premier compte rendu.

Premier élément: je viens de rentrer, donc le voyage a duré plus que les 6 semaines prévues au départ. Tout simplement, comme je m’y attendais un peu, l’expérience japonaise avec Hacker Paradise a été un succès. J’avais peur que la vie en groupe n’empiète de manière agressive sur mes besoins occasionnels de solitude et d’espace personnel, mais ça n’a pas été du tout le cas. L’organisation de ce groupe est ainsi bien faite que toutes les activités proposées sont optionnelles, que chacun peut vivre sa vie comme il l’entend, aux horaires qui lui conviennent et selon ses envies (ce qui fut d’ailleurs parfois un cauchemar pour les organisatrices). Donc je n’ai ressenti aucune pression, mais j’ai pleinement profité de la possibilité de  rencontrer de nouvelles personnes, de refaire le monde avec des gens de tous horizons (américains, slovaques, roumains, polonais, italiens, français, suisses, hongrois, russes, coréens, péruviens, chinois, la liste est longue) et de partager de grands moments d’exploration incrédule (en mode WTF) avec tout le monde.

Bon, à côté de ça, j’ai été un peu déçu par le Japon, et en particulier par Osaka, que j’ai trouvée inutilement complexe, coincée, fermée sur elle-même et manquant cruellement de bon sens. Mais d’un autre côté, j’ai apprécié d’autant plus l’expérience de vivre et de travailler quotidiennement dans un pays comme cela pour me rendre compte de tous ces éléments beaucoup mieux que si je ne l’avais visité qu’en simple touriste pendant 2 semaines.

Et l’expérience Hacker Paradise fut suffisamment concluante pour commencer à faire germer dans ma petite tête des idées de pérennisation du mode de vie nomade. Et bien sûr, pour confirmer ou infirmer mon hypothèse, il me fallait une autre expérience, histoire d’être (suffisamment) sûr que dans un autre pays, avec d’autres personnes, l’envie resterait la même. Alors j’ai décidé d’utiliser mon joker, et de suivre Hacker Paradise sur leur destination suivante: Séoul en Corée du Sud.

Pour bien planter le décor, Hacker Paradise est une organisation qui voyage toute l’année, avec plusieurs groupes en parallèle, que les membres rejoignent et quittent comme bon leur semble, parfois même en cours de voyage. Sur le groupe d’une vingtaine de personnes qui étaient avec moi au Japon, 6 ou 7 ont suivi en Corée, et une quinzaine de nouvelles personnes ont rejoint le groupe. Au revoir compliqué avec certains et certaines avec qui des liens se sont inévitablement créés. Apprivoisement nécessaire d’un nouveau groupe avec une autre énergie. Et puis découverte d’un pays que pour le coup je ne connaissais pas du tout, dont je ne savais rien, sur lequel je n’avais donc aucun a priori ni aucun espoir.

Et après ces 6 semaines en Corée, rien à faire: l’envie de voyager en permanence, et de partager un maximum de ces voyages avec d’autres citoyens du monde ne s’épuise pas, bien au contraire.

Alors que fais-je ici, en Belgique, me direz-vous? Pourquoi ce retour au bercail? Et bien parce que j’ai décidé de passer à la phase 3: le grand départ.

Le prochain voyage Hacker Paradise que je ne veux surtout pas manquer se passe en Afrique du Sud, au Cap, et ça démarre début novembre. Et comme maintenir ce mode de vie tout en continuant à louer un appartement et à payer l’électricité, l’internet et tous ces trucs coûte inutilement cher, il faut faire un choix. Donc j’ai un mois et demi devant moi pour vendre toutes les choses qui encombrent ma vie, rendre mon appartement, réduire mes possessions au contenu d’une valise et d’un sac à dos, et prendre l’avion.

Rien qu’en écrivant ces mots, une gigantesque excitation, en même temps qu’une grande peur m’envahissent. Mais je sais que la première me gardera en mouvement, et que la seconde me gardera en vie.

Pourquoi cette décision, me direz-vous?

Parce que je le peux

Ni femme, ni enfant pour compliquer ma décision avec des contraintes qui ne seraient pas les miennes. Et surtout un métier, un réseau et des compétences qui me permettent de travailler à distance avec mes clients sans aucun problème.

Ces 3 mois de voyage avec 7 heures de décalage horaire avec mes clients m’auront permis de me rendre compte qu’avec un peu de flexibilité (une réunion de travail en pleine nuit, une fois de temps en temps, c’est un faible prix à payer), beaucoup de professionnalisme et une communication claire, rien n’est impossible, bien au contraire.

Parce que c’est le futur

Avec l’automatisation grandissante, le progrès exponentiel des innovations qui crée des métiers et les fait disparaître en quelques années, je suis convaincu que LA compétence la plus précieuse, c’est la capacité d’adaptation. Etre capable de se réinventer, de transformer son expertise, de rester authentique tout en acceptant les nouveautés d’une situation en perpétuelle mutation, c’est ça qui devient critique dans le développement d’une carrière. Et quel meilleur moyen de développer cette compétence que de se confronter volontairement et régulièrement à de nouvelles cultures, de nouvelles langues, de nouvelles expériences de vie, de nouveaux environnements?

Parce que “citoyen du monde” n’est pas qu’une expression

Elle est populaire celle-là. Et beaucoup se prétendent comme tels après quelques voyages touristiques de quelques semaines deux fois par an. Moi le premier: c’est ce que j’ai fait pendant de nombreuses années.

Mais après seulement 3 mois de ce mode de vie, je peux déjà voir l’énorme différence d’expérience qu’il y a, à quel point c’est plus ancré, plus riche, plus concret, plus réel.

Parce que le monde est beau

Il est tellement facile de se laisser embarquer dans les cycles d’actualité, de se laisser décourager par les stupides gesticulations d’un clown avec un renard sur un crâne vide, de se désespérer devant les chiffres de l’emploi, la fermeture d’une usine, l’agression d’une mamie, la mort d’un chien écrasé.

Mais comme d’autres l’ont constaté avant moi, il est critique de prendre du recul, de lutter contre l’attrait du micro pour voir les choses dans leur ensemble. Il est compliqué de prendre soin de ce dont on n’a pas conscience. Et je suis convaincu que de parcourir le monde en long, en large et en travers va m’aider dans cette prise de conscience comme dans son activation.

Pour montrer l’exemple

Une des discussions qui revenait souvent avec d’autres voyageurs HP (Hacker Paradise), c’était à quel point il était difficile d’expliquer et de faire accepter ce mode de vie à nos proches, à nos amis, à nos familles. Certains d’entre nous avaient même été jusqu’à refuser d’aller à l’université, ou un job confortable dans une grande entreprise pour préférer cette vie de voyage, ce qui leur avait attiré les foudres de leurs proches.

Et si nous voulons faire évoluer les consciences, il n’en faut que quelques-uns pour montrer que c’est possible, que c’est riche de sens et d’opportunités, que les conventions et les traditions sont négatives si elles ne font que nous enfermer dans des modes de pensées qui nous handicapent, et qu’il est possible de vivre autrement.

Parce que je suis terrien

Mon passeport a beau dire que je suis français, j’ai beau vivre en Belgique depuis 13 ans, j’ai beau avoir adoré vivre à Montréal et m’y être senti chez moi… mon identité c’est ma planète. Les concepts de race, de nationalité n’ont absolument aucun sens pour moi, et je rêve du jour où tout le monde sera libre de bouger où bon lui semble, de choisir l’endroit, le gouvernement et l’environnement qui lui conviennent, et d’en changer régulièrement (ou pas), indépendamment de là où, ou de quels parents il est né. Je ne reconnais pas les droits du sol ou du sang, la notion de patrie n’a aucun sens pour moi, et je n’adhère absolument pas à cette histoire collective qu’on se raconte et qui voudrait qu’en fonction d’un bout de papier qu’on a dans sa poche, ou l’endroit où on se trouve physiquement, nos droits humains ou nos chances seraient si radicalement différents.

Alors explorer le monde et vivre comme si tout ça n’existait pas, même si ça doit me coûter des courbettes et des compromis de temps en temps, me semble bien plus en accord avec ce en quoi je crois, et ce que je suis, que n’importe quelle convention qui m’attribuerait un seul pays de résidence et quelques pays de voyage.

Et évidemment il n’est pas question de nier les différences et de dire que nous sommes tous identiques, mais bien au contraire, de réaliser que:

  1. Il y a plus de points communs (et moins de différences) entre moi et un bédouin du Sahel qu’entre moi et mon voisin français raciste
  2. Quand on cherche à les comprendre et à les expérimenter dans leur contexte, ces différences ont plus à nous apprendre sur nous-mêmes que toute la haine du monde
  3. D’une manière générale, on ne peut aller quelque part mené seulement par la peur de l’autre et de soi, et on n’a peur que de ce qu’on ne connait pas, alors apprivoisons-les tous les deux pour ne plus (se) fuir, mais pour aller vers

Parce que j’en ai envie

Magnifique improvisation du grand Edouard Baer sur Radio Nova

Je me suis moi-même beaucoup posé cette question ces 3 derniers mois. Finalement, en Belgique, j’étais de moins en moins heureux, de plus en plus engoncé dans des conventions qui m’aliénaient, de plus en plus frustré par une actualité déconnectée des réalités du monde, par une pauvreté de ma vie en termes de rencontres, de découvertes, d’émerveillement.

Alors certes, partir c’était d’une certaine façon fuir cette vie pour aller chercher tout ce qui me manquait ailleurs, dans d’autres environnements. Et si finalement tout ce qui me manquait était à l’intérieur de moi, et non à l’extérieur? Dans ce cas, tous les voyages du monde ne suffiraient pas à remplir ce vide.

Mais ce que j’ai réalisé ces derniers temps, c’est que même s’il est indéniable que j’ai encore un énorme travail à faire sur moi-même, pour m’ouvrir, pour panser certaines blessures, pour assumer qui je suis vraiment, pour oser plus, tous ces voyages m’aident. C’est comme si je savais que je devais apprendre à respirer, mais que c’était plus facile avec de grandes quantités d’air frais autour de moi.

Alors oui, pour moi c’est une quête. Une quête de moi-même et d’une vie meilleure, aidée par les vents du lointain et de l’inconnu, par la richesse du monde et de tous ceux qui y vivent.

Et face à tout ça

Evidemment, il y a mes amis, mes familles, mon filleul, ma dream team, ma BFF, tous ceux qui se reconnaitront et qui font à jamais partie de mon univers, même si je vais bientôt m’engager dans une voie qui m’amènera à les voir moins souvent. Ils connaissent mes aspirations et mes frustrations, et même si je sais qu’ils me soutiennent, je les sais tristes de me voir m’éloigner.

Et évidemment, même si le chakra du coeur n’est généralement pas le plus ouvert chez moi (comprenne qui pourra), je sais que cet éloignement m’a parfois pesé, et qu’il me pèsera encore lourdement avec le temps et la distance. Et il n’est pas question de mettre un mouchoir là-dessus et de faire comme si ça n’était pas là.

Mais nous resterons connectés, je continuerai à leur rendre visite aussi souvent que possible, à partager avec eux mes expériences et ma vie. Encore une fois, je ne déménage pas autre part, j’élargis mon lieu de vie. Et je sais qu’ils le savent eux aussi.

Et un jour on se fera une gigantesque chouille, avec tous mes amis du monde entier, on fera tous connaissance et on chantera Kumbaya autour d’un grand feu.

Bon allez, je retourne fumer, c’est de la bonne…

Le Pont de la Liberté, qui relie les deux Corées, tout un symbole…

Bonus: interview

Une des participantes de Hacker Paradise en Corée du Sud, Ana Lucia Rodriguez, péruvienne et espagnole, blogueuse voyage et marketeuse de son état, m’a interviewé pour son blog et sa chaîne Youtube. L’intro est en Espagnol, mais après l’interview est en Anglais: